À Bordeaux, Marc Trély raconte la mémoire ouvrière de Belcier
À Belcier, les transformations du quartier se lisent aussi dans les souvenirs de ses habitants. À 86 ans, Marc Trély garde la mémoire des rues ouvrières et de la solidarité entre voisins. Né le 15 juin 1940 rue de l’Abbesse, cet ancien président du conseil des prud’hommes de Bordeaux reste profondément attaché au quartier.
Une enfance dans le Belcier cheminot
Deuxième d’une famille de dix enfants, Marc Trély grandit dans un logement modeste. La pauvreté marque son enfance, tout comme les bombardements de la gare Saint-Jean. Dans ce secteur populaire, alors isolé, l’entraide fait partie du quotidien.
Après l’école Ferdinand-Buisson, il devient apprenti charcutier, puis plombier. La guerre d’Algérie interrompt son parcours en 1960. À son retour, il entre chez BSN (Danone). C’est là que prend forme son engagement pour la défense des salariés.
De culture communiste, il structure le syndicat CGT dans l’entreprise. Cet engagement le mène jusqu’à la présidence générale du conseil des prud’hommes de Bordeaux, où il conserve la même fermeté face aux avocats.
Rue de l’Abbesse, un attachement intact
Avec son épouse Ginette, elle aussi originaire de Belcier, Marc Trély s’installe définitivement rue de l’Abbesse. Le couple tient pendant quinze ans une affaire estivale à Montalivet, avant de la transmettre à ses filles.
Aujourd’hui, il observe la gentrification de Belcier et le paysage transformé par Euratlantique. Il regrette les chaises sorties devant les maisons, les échanges sur le pas des portes et une sociabilité désormais concentrée sur la place. Mais quitter le quartier reste impensable pour lui : « C’est ma maison ça, c’est moi, c’est à moi. Et je crèverai ici. »



